Discours de Michalis Papanikolaou, secrétaire général de l’UITBB, au 27e Congrès national de la FTCCP du Pérou

Discours de Michalis Papanikolaou, secrétaire général de l’UITBB, au 27e Congrès national de la FTCCP du Pérou: 

Michalis Papanikolaou, Secrétaire général de l’UITBB

Chers Camarades,

Au nom du Comité exécutif de l’Union internationale des travailleurs du bâtiment, du bois, des matériaux de construction et branches connexes je salue chaleureusement et fraternellement la Fédération des travailleurs de la construction civile et le peuple du Pérou et je souhaite plein succès à votre 27e Congrès national.

Je tiens à remercier la FTCCP au nom de l’UITBB pour l’accueil chaleureux qui nous a été réservé pendant notre séjour dans votre pays et qui confirme les relations d’amitié profonde qui existent depuis de nombreuses années entre la FTCCP et l’UITBB.

Représenter l’UITBB au 27e Congrès national de la FTCCP est pour nous un honneur et nous tenons à saisir cette occasion pour parler brièvement de notre organisation et de son action. L’UITBB est une des plus anciennes organisations syndicales progressistes dans le monde représentant des millions de travailleurs et de travailleuses dans le secteur de la construction. Elle a été créée en 1949 à Milan en Italie, et pendant ses 70 ans d’histoire elle a toujours eu une approche de classe des problèmes auxquels sont confrontés les travailleurs.

Le précédent Congrès de l’UITBB s’est tenu en avril 2015 en Uruguay. Depuis lors, l’UITBB est en voie de restructuration. Malgré les difficultés auxquelles elle doit faire face, elle fonctionne de manière satisfaisante et apporte une contribution significative à la réalisation de nos objectifs communs. L’UITBB organise des campagnes de solidarité sur diverses questions, elle tient des séminaires et partage son expérience accumulée au fil des décennies avec d’autres organisations. En outre, elle prend position sur les questions globales, publie des résolutions sur les questions concernant les droits des travailleurs en se plaçant toujours sur une position de lutte des classes. Notre présence ici aujourd’hui dans ce pays très éloigné, souligne notre engagement à coordonner nos approches au niveau international, toujours défendant les intérêts des travailleurs, vu qu’ils ont des problèmes et des adversaires communs. Les instances collectives de l’UITBB, son Secrétariat et son Comité exécutif, se réunissent régulièrement assurant la coordination de nos activités internationales. Beaucoup plus reste à faire et sera fait, mais nous sommes satisfaits des progrès réalisés à ce jour, et nous sommes certains que la base qui a pu être constituée contribuera au renforcement des positions de l’UITBB parmi les travailleurs de nos branches.

En ce qui concerne la communication, nous entretenons un site web en 3 langues (français, espagnol et anglais) que nous actualisons pratiquement chaque jour en y publiant des informations sur les activités de l’UITBB et de ses organisations affiliées du monde entier et, en outre, nous publions un bulletin trimestriel diffusé dans ces 3 langues à tous les membres et amis de l’UITBB.

L’UITBB est un affilié de longue date de la Fédération syndicale mondiale (FSM) et participe à toutes les actions organisées par la FSM pour apporter sa pleine contribution en mobilisant toutes ses forces disponibles à la réalisation des objectifs progressistes de classe de notre Union. L’Unité basée sur des principes de classe entre les affiliés et les membres de la direction est un trait caractéristique de notre organisation, une approche qui est partagée par la FTCCP et qui nous unit. Nous sommes fiers de compter la FTCCP parmi nos affiliés et nous avons l’intention de renforcer nos liens.

Michalis Papanikolaou, secrétaire général de l’UITBB, et Pedro Milheiro, membre du secrétariat de l’UITBB

Camarades,

Des inégalités continuent d’exister à travers le monde et, malheureusement, l’écart se creuse entre les quelques-uns qui représentent le capital et le grand nombre que sont les travailleurs. Cette situation perdurera dans le monde aussi longtemps que le capitalisme continuera d’être le système économique dominant dans le monde, car cette injustice abyssale est le résultat de la nature même du capitalisme.

La région dans laquelle vous vivez est extrêmement attrayante pour les monopoles capitalistes et les puissances impérialistes car, d’une part, elle regorge de matières premières et d’hydrocarbures et, d’autre part, elle constitue un point géopolitique et géostratégique important sur la carte du monde. Le défi qui se pose au mouvement ouvrier dans chaque pays consiste à agir de manière spécifique et sans relâche, pour que les astuces utilisées par les impérialistes puissent être dévoilées aux travailleurs. Ce n’est pas une tâche facile, mais c’est une tâche très importante et sur laquelle nous devons nous concentrer davantage.

Des décennies de coups d’État fascistes, qui ont causé de lourdes pertes humaines aux peuples d’Amérique latine et entrainé une régression des droits politiques et socio-économiques ainsi que de leur souveraineté, ont été suivi d’une vague de gouvernements néolibéraux qui ont appliqué les politiques dictatoriales favorables aux multinationales, et qui ont aggravé l’écart d’inégalité entre riches et pauvres. Après, plusieurs pays d’Amérique latine ont vu l’arrivée de politiques socio-économiques plus équitables et même révolutionnaires grâce à l’avènement de gouvernements plus progressistes. Cela a créé un nouveau scénario politique dans la région. Parmi ces pays figuraient, pour n’en citer que quelques-uns, le Venezuela, l’Équateur, l’Argentine, à un degré moindre le Chili ainsi que, dans une certaine mesure, le Paraguay y l’Uruguay. S’agissant de l’Amérique centrale et des Caraïbes, il convient de mentionner les progrès réalisés au Nicaragua et la réaffirmation de la révolution socialiste dans ce pays héroïque qu’est Cuba. Tous ces processus ont dû faire face à une réaction rapide à caractère contrerévolutionnaire et ultraréactionnaire de la droite impérialiste en pleine crise économique et structurelle du capitalisme. Ces attaques frontales contre ces processus ont généré des reculs et des difficultés dans certains pays.

À titre d’exemple, il convient de mentionner les attaques continues et les tentatives d’assassinats dirigés contre la révolution bolivarienne au Venezuela. La chute des prix du pétrole due aux embargos et aux sanctions ainsi que les pénuries alimentaires générées par l’offensive des forces de droite pro-impérialistes  ont créé une situation chaotique dans le pays, ce dont profitent les capitalistes. Les interventions impérialistes battent leur plein dans le pays, où plusieurs coups d’État ont été et continuent d’être organisés contre le président Nicolas Maduro, démocratiquement élu dans des élections qui ont fait l’objet d’observateurs internationaux, notamment l’ex premier ministre espagnol M. Zapatero. Ces interventions ont pour but principal d’imposer l’hégémonie des différents centres impérialistes dans différentes régions de la planète, de retracer la carte du monde et de procéder à une nouvelle division du monde. Nous exprimons aux camarades du Venezuela notre solidarité et notre soutien total et nous leur transmettons nos salutations militantes en leur disant que les peuples unis ne peuvent être vaincus.

Au Pérou, vous avez connu votre part de corruption politique, d’importants dirigeants politiques ayant été mis en accusation pour corruption, tous représentants de la droite néolibérale. Ainsi, la géante entreprise de construction brésilienne Odebrecht a admis avoir versé plus de 800 millions de dollars aux dirigeants politiques latino-américains. C’est contre cette situation que la FTCCP avait mise en garde dès 2016 en citant les noms des candidats Keiko Fujimori, Alan Garcia, Pedro Pablo Kuczinski et Alfredo Barnechea, qui cherchaient à contrôler le destin du Pérou. La FTCCP avait alors appelé à les combattre. Votre analyse s’est avérée juste, chers camarades, et nous voyons aujourd’hui, le néolibéral Martín Vizcarra continuer sur les traces de ses prédécesseurs.

En outre, cette période d’agitation politique a malheureusement conduit à l’assassinat de dirigeants syndicaux de la FTCCP et de la CGTP. Rappelons le cas du camarade Pedro Huilca Tecse. Les liens qui unissent l’UITBB et la FTCCP ont été tissés dans le sang. Nous ne devons jamais oublier Pedro Huilca Tecse, vice-président de l’UITBB et figure emblématique de la FTCCP et de la CGTP, assassiné lâchement en 1992 devant son domicile sous les yeux de ses enfants par les hommes armés de Fujimori. La lutte menée par le camarade Pedro Huilca continue de nous guider et il a pris pour toujours une place dans nos cœurs.

L’UITBB a toujours été à vos côtés dans vos mobilisations pour la défense des revendications dans le cadre de votre négociation collective nationale de branche ; pour la vie et la paix et contre la violence et les assassinats de dirigeants syndicaux de la FTCCP et de la CGTP, pour la sécurité publique dans tout le pays. Au cours des 25 dernières années, tous les gouvernements péruviens se sont préoccupés uniquement de la croissance et du privilège économique des grandes entreprises multinationales et ont obéi fidèlement aux ordres du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Très peu, sinon rien n’a été fait en matière de droits fondamentaux du travail, en particulier ceux relatifs à la liberté du mouvement syndical, tels que la négociation collective, le droit d’association, le droit à un travail décent et stable.

En plus d’être secrétaire général de l’UITBB, je suis également secrétaire général du Syndicat chypriote du bâtiment, du bois, des mines et des industries diverses affilié à l’organisation centrale PEO. La situation dans mon pays et en Europe en général ne diffère pas de celle à laquelle les travailleurs sont confrontés ici, car les problèmes auxquels ils se heurtent dans le monde sont communs. Afin de maximiser leurs profits, les employeurs et le capital ne respectent pas la santé et la sécurité sur le lieu de travail, ils encouragent les travaux sans couverture assurancielle et les contrats privés, réduisent les salaires et ne paient pas les contributions sociales, les pensions et autres avantages des travailleurs qui, eux, paient par leur sang cette négligence des employeurs.

L’insécurité du marché du travail et l’ajustement considérable des salaires au cours des dernières années ont contribué à la montée des inégalités en matière de revenus. L’inégalité a progressé rapidement ces derniers temps et reste une cause d’inquiétude. L’aggravation des conditions de travail pendant la crise, avec l’augmentation des emplois temporaires et à temps partiel non voulus et la réduction des salaires, semble être la principale raison de l’aggravation des inégalités.

Ce constat lié à la situation sur le marché du travail, complète le rétrécissement de l’état social, la dégradation dramatique des conditions de vie des retraités à faible revenu, la réduction des programmes sociaux et des budgets de développement, et indique clairement qui a vraiment payé et continue de payer la facture de la crise. La peur et l’insécurité des travailleurs menacés de chômage et de privations, la libre circulation des travailleurs et l’exploitation provocatrice de la main-d’œuvre à bas coût par les employeurs, ainsi que le cadre réglementaire néolibéral de l’UE, ont accéléré le processus de dérégulation des relations de travail et ont porté atteinte au droit de se syndiquer et de négocier collectivement et d’appliquer les résultats de la négociation.

 

Nous devons avant tout faire comprendre aux travailleurs l’importance des luttes de classe, qui doivent être au premier plan de nos actions quotidiennes. En même temps, afin de garder et de promouvoir l’espoir parmi les travailleurs, nous devons, dans nos luttes organisées au quotidien, continuer à propager encore plus intensément l’idée d’une société future plus humaine. Une société sans exploitation des êtres humains par les humains, une société sans guerres, sans faim, une société qui offre des chances égales à tous, une société qui respecte l’environnement: une société socialiste. Sur le terrain, nous devons revendiquer avec force des négociations collectives et des conventions collectives qui renforceront le pouvoir de négociation des travailleurs. Nous devons nous efforcer pour faire respecter la législation du travail, mettre un terme aux emplois clandestins et illégaux et vérifier que les travailleurs soient traités de manière égale, en particulier les travailleurs les plus vulnérables tels que les immigrés.

C’est donc dans ces circonstances marquées par des conditions difficiles dans le monde entier, que nous nous rencontrons aujourd’hui, ici. Nous devrions tirer parti de ces réunions, car elles nous offrent la possibilité de nous organiser sur le plan international, d’échanger des expériences, de tirer des conclusions utiles et de les appliquer de manière pratique, toujours dans la mesure de nos moyens. Ce faisant, nous devons toujours garder à l’esprit nos objectifs communs: les luttes organisées qui exercent une pression sur les gouvernements locaux et la création d’alliances avec les partis politiques, afin de participer à la prise de décisions qui affectent nos vies, ainsi qu’à l’utilisation des organisations internationales au profit des travailleurs. Nous devons toujours avoir à l’esprit le fait que nous sommes unis par notre approche idéologique fondée sur le principe de classe, que les luttes sont communes à tous les travailleurs et que notre objectif ultime est l’amélioration des conditions de vie et de travail des travailleurs et de leurs familles.

 

Notre expérience nous enseigne que lorsque les travailleurs sont unis, lorsque nous aspirons tous à nos objectifs communs en partant d’une vision idéologie claire, nous sommes toujours victorieux. La solidarité internationale, l’unité et la coopération entre les travailleurs aux niveaux mondial et européen sont donc nécessaires pour résister efficacement aux projets impérialistes et aux politiques anti-travailleurs de la classe politique et économique dominante. Dans les conditions actuelles, l’unité, la solidarité et la camaraderie sont les armes les plus décisives du mouvement ouvrier.

C’est pour ces raisons que le 27e Congrès national de la FTCCP revêt une grande importance. Les efforts que déploie notre mouvement de classe pour les travailleurs du monde entier doivent être coordonnés dans le but de mettre un terme à ces politiques inhumaines, qui sont promues par les cercles dominants, dans le seul but d’accroître leur influence et leurs capitaux.

Michalis Papanikolaou, secrétaire général de l’UITBB, et Daniel Diveiro, membre du secrétariat de l’UITBB

Ainsi que je l’ai déjà mentionné, nous faisons tous partie de la FSM, dont l’importance, compte tenu de la situation mondiale actuelle, ne cesse de croître face à l’agressivité du capital mondial qui menace non seulement les droits et les intérêts de la classe ouvrière, mais aussi les principes fondamentaux liés à l’avenir de l’humanité en général. À travers l’action quotidienne de tous les membres de la grande famille de la FSM, notre objectif doit être de progresser de manière constante dans la construction d’une organisation dont l’avenir est garanti.

J’aimerais, au nom de l’UITBB, souligner notre décision la plus récente qui consiste à accorder une attention encore plus grande à l’Amérique latine. Nous pensons que cette  ligne d’action  est très importante et contribuera dans une large mesure à nous permettre de cibler de manière encore plus pointue les problèmes auxquels sont confrontés les travailleurs de chaque secteur. Elle renforcera notre unité et notre solidarité et elle soulignera encore davantage la différence d’approche des divers problèmes auxquels sont confrontés les travailleurs, entre le mouvement syndical de classe et le mouvement syndical réformiste. Dans ce contexte, citons une série d’actions organisées par la FSM en Amérique latine:

  1. Réunion du Bureau régional pour l’Amérique latine en juillet
  2. Rencontre internationaliste de la FSM, le 8 juillet en Equateur
  3. Une initiative à Buenos Aires, Argentine

Je vous appelle tous à appuyer ces activités.

Camarades,

Permettez-moi de souligner dans mon intervention au nom de l’UITBB les aspects suivants :

Le capitalisme en est à son stade final et suprême : le stade impérialiste. Compte tenu de la crise systémique profonde et prolongée, il est à prévoir que les guerres régionales et locales iront s’intensifiant, sans exclure la possibilité d’une guerre mondiale impérialiste en raison de l’exacerbation des contradictions entre les pays les plus puissants de la planète et leurs alliés.

Pour le mouvement ouvrier, il devrait être clair que, quels que soient leurs prétextes et leur forme, toutes les guerres sont impérialistes, menées par les classes bourgeoises des différents pays, et elles visent à assurer et à maximiser les profits des puissances impérialistes qui se livrent une concurrence sans merci. C’est pourquoi, l’intensification des luttes quotidiennes des travailleurs pour leurs droits devrait s’accompagner du renforcement des luttes visant à renverser l’injuste système d’exploitation capitaliste, véritable cause des guerres, avec toutes ses conséquences négatives pour les travailleurs.

La seule guerre progressiste que l’on puisse mener à l’avenir est celle qui sera menée par la classe ouvrière afin de construire une nouvelle société socialiste mondiale. Lorsque cet objectif sera atteint, nous assisterons à la fin des guerres et à la prééminence de la paix mondiale.

Compte tenu que la classe ouvrière doit rester attachée à une ligne commune, basée sur le principe de classe dans tous les pays, l’UITBB s’engage à poursuivre ses efforts pour atteindre cet objectif, en y consacrant toutes ses forces disponibles, en luttant contre le nationalisme, le chauvinisme et en développant la solidarité avec les réfugiés, les immigrés et tous les peuples du monde.

J’aimerais conclure en soulignant notre optimisme quant au fait qu’en fin de compte, nos luttes seront justifiées, tant que nous continuerons avec la même conviction et le même esprit d’unité dans la voie de la lutte des classes. Avec patience et persévérance, nous devons poursuivre chaque jour nos efforts visant à changer le monde, en allant toujours de l’avant, tout en restant fermes et , sans céder au doute, fidèles à notre idéologie.

Vive le 27e Congrès de la FTCCP !

Vive la CGTP !

Vive la solidarité internationale !

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