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Interview de la menuisière Karin Pedersen Pryn
"La difficulté majeure que rencontrent les femmes dans ce métier c'est la méfiance des employeurs, des collègues et même des clients"

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Karin Pedersen Pryn interviewée par Andrianna Mihail, journaliste à "WORKERS STEP", l’hebdo du PEO

Karin Pedersen Pryn est danoise et elle a travaillé dans l’industrie du bois depuis 1982. Elle évoque ici son travail et les difficultés qu’elle rencontre.

Combien d’années a-tu travaillé dans cette profession ?
J’ai commencé à travailler dans l’industrie du bois en 1982 après avoir suivi des cours théoriques et pratiques en menuiserie. Donc en fait, je suis dans le secteur depuis 1978.
Pour quelle raison t’es-tu intéressée à cette profession ?
J’ai toujours été attirée vers le secteur de la construction et j’ai donc décidé d’y trouver un emploi. Ce qui me fascine, c’est le fait d’avoir la satisfaction de voir le résultat de mon travail après une journée de boulot.
Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton travail ?
Dans ce métier il faut être prudent et veiller à ne pas dépenser ses forces d’un seul coup et à ne pas se blesser. En même temps il faut être rapide et efficace. Le travail que je fais est épuisant tant pour les hommes que pour les femmes. Mais les femmes doivent faire face à une difficulté supplémentaire – les idées préconçues de leurs collègues au travail.
karin_pedersen_at_workComment es-tu perçue par tes collègues au travail et à quel point est-il difficile pour une femme de travailler dans ce secteur ?
Extrêmement difficile. Les différences de perception, de culture et de tempérament entre les deux sexes rendent la situation très difficile. Pour se faire accepter, la femme doit être deux fois meilleure au travail que l’homme. J’ai eu personnellement des expériences négatives. Premièrement, il est difficile de trouver un employeur qui ait confiance dans mes capacités et qui m’embauche. Deuxièmement, mes collègues hommes ne me faisaient pas confiance et sans même avoir vu mon travail, ils affirmaient que j’étais moins productive et moins rapide. La difficulté majeure que rencontrent les femmes dans ce métier n’est pas liée au travail, mais à la non acceptation par les employeurs, les collègues et dans certains cas les clients, dans la mesure où un client peut ne pas attribuer des projets à une entreprise qui emploie des femmes.
À ton avis, pour qu’elle raison ces préjugés persistent-ils ?
J’ignore la raison. J’entends dire mes collègues hommes que les femmes ne sont pas aptes pour le secteur du bois, elles n’ont ni la force ni la rapidité requises. En outre, ils redoutent que la présence de femmes en plus grand nombre n’entraîne une réduction des salaires, car les employeurs pourraient abuser du travail des femmes pour abaisser les salaires des hommes. Les hommes devraient comprendre qu’ils ne perdront pas leurs acquis à cause des femmes, car hommes et femmes peuvent lutter ensemble pour leurs droits.
Est-ce que l’exigence de force physique peut dissuader les femmes d’opter pour cette profession ?
Non je ne pense pas que cela puisse être un obstacle, car à l’institut on nous a enseigné des méthodes de travail permettant d’éviter l’épuisement physique. Si je ne réussis pas à porter une charge lourde avec mes mains je trouverai le moyen de le faire autrement et de manière plus sûre. En général, il n’y a pas de travail qui ne soit pas apte aux femmes à condition qu’elles utilisent leur intelligence.
Est-ce que l’employeur te traite au même niveau que les hommes pour ce qui est des salaires, des horaires de travail, etc. ?
Il a été difficile de trouver un emploi, mais après je n’ai pas eu de problème en matière d’égalité de salaire et je n’ai pas subi des actes de discrimination. Cela dit, l’égalité salariale est loin d’être acquise, vu qu’au Danemark le salaire moyen d’une femme ne représente que 80% du salaire d’un homme à travail égal.
Les femmes sont-elles nombreuses dans le secteur de la construction au Danemark ?
Elles sont très peu nombreuses dans l’industrie du bois. Il convient de mentionner que notre fédération, l’Union des travailleurs du bois et de la construction du Danemark TIB compte 63 000 adhérents, dont 7 700 sont des femmes, parmi elles à peine 700 appartiennent aux secteurs bois, ameublement et charpenterie.
Quels sont les secteurs qui emploient le plus de femmes au Danemark ?
Comme dans la majorité des pays européens je pense que la plupart des femmes exercent les métiers de vendeuses, infirmières, agents de nettoyage, secrétaires, et en général des professions faiblement rémunérées.
Quelles sont les difficultés que rencontrent les jeunes mères qui travaillent au Danemark ?
karin_pedersen_bLa garde des enfants pendant les heures de travail constitue leur problème principal. À cela s’ajoute des difficultés liées à la maternité, par exemple le congé de maternité, etc. Il est très important que les salariés et leurs syndicats aient à l’esprit les deux sexes lorsqu’ils négocient sur la législation du travail.
Est-ce que tu recommanderais à d’autres femmes ta profession ?
Bien sûr, c’est un métier qui stimule la créativité et où le salaire est nettement meilleur que dans les professions traditionnellement « féminines ». En outre, les horaires de travail sont très convenables de 7 h du matin à 15 h de l’après-midi. À mon avis les femmes ne devraient pas se laisser dissuader par le fait que cette profession est dominée par les hommes.
J’aimerai ajouter que nous avons créé au Danemark un réseau de femmes travaillant dans la construction pour promouvoir la santé et la sécurité au travail. Nous organisons des séminaires sur les méthodes de travail, nous informons sur les salaires, les horaires de travail et les conditions d’emploi. Nous voulons lancer un programme pour informer les élèves sur le recrutement de femmes dans la construction.