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République Démocratique du Congo: Gécamines et les victimes des politiques néolibérales
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Sammy Baloji, artiste de Lumumbashi, crée des photomontages à partir de photos contemporaines d’installations de l’ex Union Minière du Katanga, aujourd’hui Gécamines, et de photos d’archives de l’époque coloniale

Comment assurer la protection individuelle des travailleurs dans les usines métallurgiques de la Gécamines à Lubumbashi en République Démocratique du Congo ?
s’interroge Alexandre Kyungu Musheto, secrétaire général du Syndicat chrétien des travailleurs du Congo SCTC. Les institutions financières internationales continuent à faire des victimes dans les pays du Tiers monde, précise-t-il. En effet, un travailleur de la Société générale des carrières et des mines, la Gécamines, à Lubumbashi, est décédé des suites de ses brûlures en janvier 2010. Entré sans équipements de protection dans une cabine électrique vétuste alimentée sous 6.600 volts de tension, l’infortuné a été brûlé vif, victime d’un court-circuit. Malgré les premiers secours que lui ont portés ses collègues, il est décédé quelques jours plus tard dans la salle des urgences de l’hôpital de la compagnie, laissant femme et enfants dans le malheur. Mais qu’est-ce qui pousse un salarié à faire le sacrifice d’entrer dans des installations à haut risque sans s’être assuré de sa sécurité ? Est-ce parce que tous les travailleurs de cette société qu’ils perçoivent comme leur mère nourricière sont sur le qui vive à cause de ce qu’ils qualifient de mauvais sort frappant la Gécamines ?
La mondialisation et la privatisation, avec leurs effets nocifs sur toute la société et en particulier sur la vie des travailleurs, conduisent souvent ces derniers à prendre des initiatives parfois risquées pour faire fonctionner telle ou telle machine, tel ou tel équipement, dans l’espoir, trop souvent déçu, d’éviter le pire : la fermeture qui guette la compagnie et la perte des emplois. C’est en effet ces politiques qui ont pour corollaire la mort de milliers d’agents et notamment la mort en début d’année du travailleur de la Gécamines, cette usine métallurgique centenaire de Lubumbashi.

Mais ce n’est pas tout. Nul n’ignore que la seule solution imposée par la Banque mondiale aux entreprises publiques au bord de la faillite est la privatisation et la réduction des effectifs, ce qui équivaut à autant de destruction d’emplois, suite à l’application bien connue du principe de la privatisation des bénéfices et de la socialisation des pertes. La Gécamines est très endettée et aucune institution financière internationale n’accepte de lui accorder un financement, en dépit des gisements riches en minerais de cuivre et de cobalt non encore exploités dont elle dispose. L’impact de cette société minière d’État, la plus grande de la République Démocratique du Congo, dans le secteur social reste visible sur le terrain. C’est ainsi qu’elle possédait neuf hôpitaux dans le pays. Or, la gestion de l’hôpital Jason Sendwe, le plus grand de ces établissements médicaux, qui appartenait à l’État et qu’elle avait accepté de gérer lui fut arrachée en 2005 pour la confier à l’Université de Lubumbashi. Il s’agissait de l’une des plus grandes formations médicphoto_alexandre_kyunguales du pays, et qui, du temps de la gestion par la Gécamines avait un personnel compétent. Aujourd’hui la population regrette cette cession de la gestion par le gouvernement à l’Université de Lubumbashi, car l’impact est négatif, souligne Alexandre Kyungu Musheto (voir photo à droite). À la base de cette cession, la Banque mondiale, laquelle a préconisé que la Gécamines se débarrasse de son secteur social. Ne tenant aucun compte des réalités locales une fois encore, les institutions financières internationales ont appliqué dogmatiquement des recettes néolibérales aggravant les souffrances des populations, lesquelles voient leur santé menacée et leur vie en danger, recettes qui ne préparent nullement ni l’avenir des économies nationales ni celui de ces populations.