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Interview de l'ancien secrétaire général de l’UITBB Mauri Perä pour le 60e anniversaire de l'UITBB
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Mauri Perä, ancien secrétaire général de l’UITBB durant la réunion du Comité exécutif de l'UITBB à Tokyo, décembre 2009

Q. À l’issue de la Seconde Guerre Mondiale les syndicats du monde entier ont constitué une organisation internationale unique : la Fédération syndicale mondiale (FSM), puis s’est produite une scission, peux-tu nous en rappeler les causes ?

R. Au lendemain de la guerre les besoins de reconstruction en Europe étaient considérables. Dans beaucoup de pays européens, les bourgeoisies avaient collaboré avec le nazisme ; la volonté des peuples de s’émanciper était forte. Le plan Marshall a été le moyen pour les États-Unis de contrôler l’Europe en participant à la reconstruction. Le gouvernement américain, a même proposé ce plan à l’URSS, qui l’a refusé. Une des conditions qui accompagnaient le plan Marshall était de soutenir la politique des États-Unis. La CIA a s’est fortement engagée avec des moyens importants, ce qui a été la cause de deux conséquences : la première a été l’expulsion des communistes, qui avaient largement participé à la résistance, des gouvernements de Suède, du Luxembourg, d’Italie, de France et de Grèce. En Grèce, une guerre civile a éclaté, alimentée par 100 millions de dollars versés par la CIA à la droite grecque. La deuxième conséquence c’est la scission dans le mouvement syndical de nombreux pays et au niveau de la FSM. Les amis des États-Unis ont exigé que la FSM soutienne le plan Marshall, ce qui a été refusé par la majorité, et avec les désaccords existants sur le rôle des syndicats professionnels cela a entraîné la scission et la constitution d’une deuxième organisation internationale – La Confédération internationale des syndicats libres (CISL).

Q. Quelle a été la démarche constante de l’UITBB sur les questions de l’unité ?

R. L’unité n’est pas une affaire de tactique, mais de stratégie pour l’UITBB. L’unité d’action la plus ample se construit sur une base concrète, avec des objectifs. La difficulté est grande au plan international, mais des débouchés existent dans de nombreux pays. Il y a des exemples positifs d’actions internationales communes autour des multinationales, récemment Opel en Europe. Au plan de l’UITBB, nous sommes fiers d’avoir pu réussir une large unité d’action avec des organisations affiliées à la FITBB pour la défense de la paix au Vietnam. Nous avons pu trouver des coopérations aussi sur les questions du logement, du désarmement, de la sécurité au travail. Aujourd’hui rechercher l’unité d’action demeure une nécessité.

Q. Dans ton exposé tu as dis que la paix n’était pas seulement l’absence de guerre, mais une situation ou prévaut la justice, peux-tu développer cette idée ?

R. Selon le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute ou Institut international de recherche sur la paix de Stockholm), depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale il n’y a eu que 26 jours sans guerre. Ce n’est pas ainsi que l’on pourra sauver la planète. En revanche, le désarmement et règlement pacifique des conflits pourraient dégager des ressources énormes pour résoudre les plaies de l’humanité : les maladies, la pauvreté, l’accès à l’eau, le développement d’énergies non polluantes, etc. Ce serait aussi une réduction importante des gaz à effet de serre. La guerre en Iraq a déjà coûté 3 000 milliards de dollars uniquement pour détruire. Nous avons besoin de paix et de justice sociale et nous qui construisons pour la population nous ne voulons pas la guerre.